Le Quotidien Jurassien

Lundi 4 décembre 2006

 

 

Polémique émotionnelle autour du premier salon de la «voyance»

Cinq professionnels des arts divinatoires ont tenu salon pendant quatre jours à Courtételle


Jacques Houriet

Pressions sur la tenancière, contrôle policier d’identité, menace contre l'organisateur: le premier Salon des arts divinatoires, qui s'est tenu durant quatre jours à la Croix-Blanche, à Courtételle, n'est pas passé inaperçu.

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David Valente, président de l’Apad: «Le succès de notre profession vient du fait que le gens ne sont plus écoutés.» Photo Roger Meier

David Valente, président de l’Apad (Association professionnelle des arts divinatoires) à l’origine de l’événement, affiche une demi-surprise devant ces remous:

– «Je ne m’attendais pas à une telle réaction, c’est une première. Peut-être avons-nous été un peu provocateurs en utilisant le terme de «voyance». Les protestations viennent de personnes qui parlent du diable dès que quelque chose leur fait peur. Au moins c’est un début de dialogue. Si les gens qui dénoncent nos pratiques  avaient une vraie discussion avec nous, ils verraient que nous ne sommes un danger pour personne.» Ouvert jeudi, ce salon a fermé ses portes hier soir, comme prévu. Après un début timide, il a connu une fréquentation plus qu’honorable dès samedi, nous dit David Valente. Dimanche en milieu d’après-midi, lorsque nous l’avons rencontré, les cinq salons de consultation, installés au premier étage du restaurant, étaient tous occupés.

–On estime à quelque 500 personnes le nombre de praticien(ne)s qui proposent leur art de manière professionnelle. En quoi se distinguent-ils des «amateurs»?

–«Ce n'est pas un critère absolu, il y a d'excellents dilettantes. Les professionnels de notre association adhèrent à une charte qui exclut tout abus, tout dérapage. Nous dénoncerions nous-mêmes un membre qui ne respecterait nos engagements. Ce n’est pas encore jamais arrivé. La différence c'est sans doute l'engagement et la responsabilité. Si, après dix minutes de consultation, le courant ne passe pas, on doit rembourser. C'est notre pratique en tout cas.»

–Comment faire la différence?

– «Evitez ceux qui se disent Professeur, Docteur, Marabout, Maître, Grand Voyant, Grand Marabout, et autres Grand Médium, comme les noms à particules. Sachez que le «retour d’affection» n’existe pas, cela ne se peut pas. Fuyez des voyants qui vous relancent en prétendant avoir des révélations à vous faire, ce ne sont qu’escrocs et machines à fric, abus de confiance, voire abus de faiblesse. Nous ne devons en aucun cas favoriser une dépendance, au contraire.»

–Que voit réellement un voyant?

–«Je n’aime pas ce terme: un voyant c'est Madame Irma qui vous annonce le Prince charmant. Ça n'a rien à voir. Notre rôle c'est de montrer un chemin praticable dans un avenir possible. Nous n'avons pas, nous ne pouvons pas avoir de certitudes. Nous tentons de gagner notre vie en aidant les gens qui en éprouvent le besoin.»

–Pour donner quelles solutions?

–«On n'a pas le droit d'entrer dans l'esprit d’une personne, de l’influencer. Notre rôle, au contraire, c'est de la rendre autonome. Même en espaçant les rendez-vous qu'elle sollicite, au besoin.»


–Que vient-on chercher?

–«D'abord une écoute, il faut l'admettre. Le succès de notre profession vient du fait que les gens ne sont plus écoutés, entendus. Nous sommes le résultat d'un malaise social. Ils viennent chercher des idées, des conseils. Nous agissons à la manière d'un coach, d'un révélateur.»

–N’attend-on pas trop de vous?

–«Souvent, bien sûr. Beaucoup attendent qu'on leur dise ce qu'ils veulent entendre, c'est une tendance de la société que de vivre par procuration. Ça ne sert à rien. Alors bien sûr, on peut repartir déçu d'une consultation. Nous considérons avoir réussi lorsque la personne, à l'issue de la consultation, se pose les bonnes questions, ce qui arrive tout de même une fois sur trois.»

–La divination: art, science, technique, loisir?

–«C'est d'abord une curiosité, puis un loisir qui peut devenir une passion. Elle est faite d'écoute, de psychologie et de conseils.»

–Vous vendez des tarots, c'est donc un art à la portée de tous? On s'achète un jeu et hop, on devient savant de l'inconscient?

–«Tout le monde a le droit de s'instruire, de s’informer, mais sans au moins un peu de foi en cet art, le tarot ne nous parlera pas.»

–Quels sont vos rapports avec les scientifiques?

–«Ça dépend des scientifiques. On ne se heurte pas, parce que nous n'avons pas de certitudes. Et puis, les scientifiques, à une époque, ont torturé Galilée. Ils n'ont pas toutes les clés de la vérité non plus.»

–Etes-vous croyant? Reviendrez-vous dans le Jura?

–«Oui je suis croyant, oui je reviendrai dans le Jura, sans doute pas dans un établissement public, pour épargner des problèmes au tenancier. Mais il y a incontestablement une demande. Et nous voulons travailler à ciel ouvert, pas en catimini.»

Cartes sur table, si on ose dire...


www.apad.info


 

Avant la réponse, il doit y avoir une question
 

Lapalissade

David Valente nous explique: – «C'est toujours le passé qui engendre les questions. Il faut que vous ayez un problème, si vous voulez qu'on vous aide à le résoudre. Pour être aidé, conseillé, il faut en éprouver le besoin. Si vous ne vous posez pas de réelles questions, alors il y a une bonne chance pour que l'on se plante. Si tout va bien, vous n'avez pas besoin de nous. Et c'est tant mieux pour vous.» 

«Secret»

Le Jura est le terreau du «secret». Le point de vue de David Valente: – « Il n'y a pas de raisons de se méfier du secret, il n'est utilisé que pour faire le bien. Et c'est vrai que l'on peut intervenir sur les énergies qui entourent une personne. Le phénomène autosuggestif joue aussi un rôle.»

Chance

Une des dernières Euro-millionnaires suisses (plusieurs dizaines de millions) était cliente d’un membre de l’Apad, nous dit David Valente: – «Nous ne lui avons pas indiqué les numéros gagnants, vous pensez bien que si on les avait on les jouerait. Mais notre collaboratrice l’a vue dans une période de chance et lui a conseillé de jouer, à elle qui ne le faisait jamais.»

A-t-elle été reconnaissante? – «Pas à ma connaissance. Je crois qu’elle est aujourd’hui en conflit financier avec son mari.»

On ne peut pas tout prévoir. (jh)

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